L’absence est comme l’ombre 
Les volets sont fermés, les barbecues nettoyés
On entend le vent, les mouettes, des avions lointains
Des voyages, de nouveaux horizons
Un enfant a joué pour la première fois
Ici avec sa trottinette toute neuve et rouge
Ce n’était pas Noël, c’était l’été
Il y avait devant lui l’horizon bleu et le grondement de la mer
La rue toute ouverte avec ses pilotis 
Jambes écartées…
Les images s’engouffrent, elles s’empilent, elles se chevauchent
On voit à travers, tout
La maison du voisin, une voiture, une plante à l’abandon
Ce village est indécent
Sur un balcon, un chien a guetté 
De quel côté vont-ils revenir ? Reviendront-ils ?
Cabanes défraîchies sur talons hauts
Amours crus de vacances
La rue ample belle 
Avance dans le soleil
Un pas léger comme l’écume
Domine la tempête
Le ciel la contient à peine
Son geste court comme un frisson
S’insinue partout entre les éléments
Qui s’assemblent
Sur une pierre la gorge du lézard offerte à la tiédeur
Palpite
Un homme et deux caniches quelque chose de faux s’installe
Puis c’est une voiture
Puis des joggeurs
Un passant
Un quotidien de carton-pâte entre en scène
Rien que ces mots
Voiture joggeurs passant
La rue devient décor de l’ennui de l’absence de l’oubli
Ici des amoureux se sont séparés là derrière ces volets écaillés ils se sont dits adieu dans le heurt de l’incompréhension brutale tu ne me fais plus mal je ne sais pas ce que tu fais ici dans mon lit dans ma vie derrière ces volets
Le vent les balaye tout ceci part en broussaille roulante sous les pilotis dans le sable sali
Il se fait vieux 
Maintenant les choses lui résistent les choses existent
Quelques marches de cet escalier bleu dur dans le ciel
Pour aller où ? 
Elle légère avec sa cheville fine et nue et dorée
Il n’entend rien de ce qu’elle dit parle-t-elle ?
Pour dire quoi ? 
Le sable sous son pied nu crisse 
Une marche de plus 
Elle a cette puissance de l’été qui vous ferait croire à la vie
Sur cette terrasse 
Sa peau dans la brise

Il bascule
Ni ces deux pas qu’il ne peut plus faire
Ce ciel qu’il ne peut que regarder d’en bas
Rien n’empêche ce souvenir d’entrouvrir ses narines au dernier souffle

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